JO COMPETEIXO - 2016

À la gare, un soir de juillet,
il leur a demandé comment elles s’appelaient,
même s’il le savait déjà.

Il a chargé les valises et les cadeaux,
il a détaché les chevaux,
les cousines étaient arrivées.

Pendant le dîner elles le regardaient:
des fois ça va,
mais parfois tu dis des bêtises.

Au bal, elles lui ont pris la main:
on nous a dit qu’il y a un fleuve
et aussi que tu fais le guide!

Oh! La lune est un loup qui se promène sur les chemins
donnant aux broussailles une teinte argentée.
Trois ombres sans pantalon vont sauter pour voir
comment est l’eau du petit lac!

Et elle était bonne ! Il faut bien dire qu’elle était bonne!
Quand il a voulu parler
d’un amour qu’il avait.

Le premier soleil leur a asséché la peau.
“Quand les choses seront moins graves, elles ont dit,
et, moins dramatiques, tu nous préviens…”.

À la gare, un soir de juillet,
il a prononcé son nom
et il a avalé sa salive.

La vie a été sanglante et fugace
mais, comment passer un bon moment, garçon,
les cousines le savaient bien.

Les cousines le savaient bien,
le cousines le savaient,
comment passer un bon moment, mon pote,
ça, les cousines le savaient.

Une voix lui demandait “tu veux faire quoi quand tu seras grande?”,
ma copine restait silencieuse et souriait la tête baissée.
Qui aurait pu retourner à ce soir‐là pour mettre le feu
et l’arrêter avant que le doute ne la saisisse pour la première fois.

Et quand le père lui demandait “quel métier vas‐tu trouver?”,
mon amie, en colère, essayait de ne pas pleurer
et son jeune cerveau parcourait tous les possibles
et elle avait les yeux fatigués de regarder dans tous les coins
mais, quand tu le contemples, le chemin ne te dit pas s’il mène à la gloire ou à l’échec.

Et nous sortions le soir,
“allez, demain on fera mieux”,
pendant que le doute nous observait.
Et on sentait mûrir en nous
la graine d’une décision
mais c’était le doute qui se jouait de nous
jouait de tout ce qui était bien,
jouait de tout ce qui était bien.

Si un mec bien lui demandait ce qu’elle voulait qu’il fasse,
mon amie doutait et se collait à lui
et elle s’endormait en se promettant que le lendemain
elle apprendrait à être heureuse à ses côtés.
Malheur à ceux qui connaissent le goût d’un baiser donné dans le doute.

Tu as regardé un pré
en attendant que les fleurs éclosent
pendant que le doute les tuait.
Tu as passé toute la nuit
à observer le sommeil d’un corps
pendant que le doute réclamait
tout ce qui était bien.
Tout ce qui était bien.

Elle est passée vers midi,
elle m'a touché de ses mains,
où s'écaillait son vernis. Elle n’avait pas vraiment le temps,
mais elle passait dans le quartier
elle voulait me dire
qu’elle était sûre et certaine.

Mon amie dit qu’elle est sûre et certaine!

Maintenant Babú
a moins la tête qui tourne, elle ne restera pas plus longtemps.
Elle baisse déjà les yeux qui regardaient en pensant
“c’est bizarre ici, je pense que je serai bien”.
Et c’est vrai, elle pensait rester;
c’est vrai qu’elle y a cru…
C’était une journée ensoleillée, les familles se promenaient,
ils avaient trouvé un requin mort sur la plage.

Maintenant Babú
est sortie sur la place, remerciant le vent de sa puissance
qui éparpille les années perdues,
l’alcool dans le sang, le regard des kiosquiers.
Et elle trouve son amulette dans sa poche.
Babú la serre fort!
Les lumières sont allumées quand elle arrive à Sadovaya.
Elle pense à sa destination, assise sur le quai.

Qu’est‐ce qu’elle a besoin d’une idée!
Comme jamais, doit‐elle admettre.
Babú a besoin d’une idée!
Une belle et solide idée.

Le wagon s’ouvre et des employés bien habillés courent dans les escaliers.
Ils lacent leurs manteaux, achètent des journaux et des chewing‐gums et s’éloignent de la place.
Des mères épuisées glissent sur le goudron, des ballerines rentrent chez elles,
et des femmes âgées qui croient dans les mauvais esprits et des fillettes qui prient pour
que leurs seins poussent. Au milieu du canal, un vieil officier navigue pour la première fois
il n’en a pas envie, mais il devra arrêter des Lituaniens qui circulent à trop grande vitesse.
Quelqu’un réfléchit à un défi, quelqu’un hurle, inaudible.
Des chauffeurs de taxi bâillent!
Un homme attend que son chien pisse, un flocon de neige sur la tombe d’un médecin illustre.
Des câbles électriques, des balcons fissurés, des angles droits, de la peinture blanche,
des nids de cigognes sur les toits et des draps brodés de lettres.
À l’arrière‐plan, des grues soulèvent déjà des plaques de métal sur les quais!
Derrière, sur la Baltique, brillant comme des lampadaires, des méduses qui pénètrent les eaux internationales.

L’autre jour, j’ai eu de la fièvre
et ils ont appelé des docteurs
qui savent extraire la pierre de la folie,
et faire jaillir la fontaine de la joie.
J’ai fait un cauchemar pendant qu’ils m’endormaient,
on m’a dit “je suis à toi, tu es à moi, tu ne pourras pas t’échapper”.
J’ai dit “très bien, cauchemar, mais les cauchemars, de quoi rêvent‐ils ?”.
Je ne peux pas dire que je l’ai impressionné…

Je me souviens de l’éclair,
incandescent au réveil
et des scientifiques amerloques et cubains
qui prenaient note du grand miracle.

Et monte la sérotonine,
monte la sérotonine
(monte la sérotonine),
comme la marée qui monte
(jusqu’à tes pieds fourbus),
comme une petite fille qui grimpe
(dans un arbre plein de clémentines),
monte la sérotonine
(aïe, monte la sérotonine).

Un amour s’est approché de moi, un ancien amour,
et m’a demandé, “gamin, mais qu’est‐ce qu’il t’est arrivé ?”.
J’ai répondu “tu vas pas le croire, c’est con,
j’avais une pierre dans la tête”.
L’avenir qu’on avait construit s’est approché de moi,
et j’ai dit “connard, on aurait pu s’amuser”.
Il a répondu “des gens qui valent mieux que toi voulaient de moi”,
je ne peux pas nier que l’avenir avait raison…

La bonne nouvelle se répandait
au‐delà des royaumes chrétiens,
des livres d’histoire déjà dépassés
étaient déchirés.

Et monte la sérotonine,
monte la sérotonine
(monte la sérotonine),
comme la marée qui monte
(jusqu’à tes pieds fourbus),
comme une petite fille qui grimpe
(dans un arbre plein de clémentines),
monte la sérotonine

(aïe, monte la sérotonine),
comme le prix de l’essence
(monte la sérotonine),
comme les baleines quand elles respirent
(monte la sérotonine),
c’est une trapéziste fragile
(monte la sérotonine),
c’est une alpiniste intrépide
(monte la sérotonine).
Maman regarde là‐haut, maman regarde là‐haut (il y a un satellite qui nous espionne),
c’est King Kong sur l’Empire State Building
(c’est un condor qui enlève un enfant),
les vieilles sont mortes de rire
(et c’est plus addictif que l’héroïne),
monte la sérotonine
(aïe, monte la sérotonine).

Il se repose au sommet et ses yeux courent comme des bêtes dans la vallée.
Le ciel se fige, l’aube agitée ne sait pas quoi faire
quand les coqs chantent.

On va le retrouver, on va le retrouver.
Et on demande “où tu te caches, où bordel?”,
parce qu’il y a des limites qu’on ne traversera pas si on suit les règles de ce monde!

Le diable est apparu dans un virage de Collserola.
Allez‐vous lui dire, si vous le voyez, que je le cherche depuis plus de trois heures?
J’ai retourné tout Sant Feliu, je vais prendre la route de Horta,
en chemin je repense aux lignes générales de mon offre.

Les bois se remplissent de bouches tordues, de bêtes sans chance.
Il les berce et elles s’endorment dans la paix
d’un torse sans coeur.

On va le retrouver, on va le retrouver.
Et on demande “où tu te caches, où bordel?”,
parce qu’il y a des limites qu’on ne traversera pas si on suit les règles de ce monde!

Le diable est apparu dans un virage de Collserola.
Allez‐vous lui dire, si vous le voyez, que je le cherche depuis plus de trois heures?
J’ai saccagé el Papiol, je me suis traîné jusqu’au Puig d’Olorda,
en chemin je repense aux lignes générales de mon offre.

On a déjà l’air si petit,
on n’est que la rumeur
d’une vieille fierté blessée,
de mains moites et de peur.
On assume les risques,
on supporte les assauts
et on avance dans le chemin
des renards et des sangliers.

Le diable est apparu dans un virage de Collserola.
Je vais peigner le terrain, je vais prendre une gorgée d’eau de ma gourde.
De Valldoreix à Sant Just, de la Floreta jusqu’à la Bonanova,
c’est qu’une question de temps pour repenser aux détails de mon offre.

Je me suis lancé ! Je me suis lancé!
J’ai fui tout le monde, je me suis entraîné tous les jours.
Je n’ai pas caché d’astuce, tout ce que j’étais alors, j’y suis allé à fond.

On disait “de quoi tu rêvais quand tu étais petit?”,
on me disait “tu sais, quand une lumière s’éteint, une autre s’allume”.

J’y suis allé à fond ! J’y suis allé à fond!
Et, au cas où quelqu’un aurait des doutes, je jure que j’ai fait des efforts.
J’ai visé l’étoile la plus haute.
J’ai dit “celle‐là, ce sera moi et voilà ma maison”.

On disait “engagez‐vous, engagez‐vous, vous verrez du monde”,
on me disait “ayez du respect pour chaque battement qui reste à votre coeur”.

Et n’importe qui que tu sois ou n’importe qui que tu croies être,
tu aurais adoré le miracle des muscles en mouvement.
Et n’importe où que tu ailles ou n’importe où que tu croies aller,
tu n’as jamais défié autant la logique élémentaire.
Crois‐moi, tu ne t’es jamais autant perdu entre ce qui est magique et ce qui est réel.

On disait “aimez, perdez vos esprits, jouez beaucoup,
ridiculisez‐vous, blasphémez, défiez le sort !”.

Et je ne peux ni veux nier que je me suis lancé
et que je faisais comme ça avec mon chapeau quand les gens me disaient bonjour.
J’y suis allé à fond ! J’y suis allé à fond!
Et je m’en suis tellement rapproché que des fois je le touchais.
Je me suis lancé ! Je me suis lancé!
Vous n’allez pas nier un sens du spectacle aussi affûté.

Bien sûr qu’il y a des jours où tout le monde a l’air con pour elle et où elle choisit de ne rien dire.
Bien sûr que si elle se concentre elle peut sentir des parfums exotiques sur tout son bras.
Bien sûr qu’elle est chiante avec ses histoires de calèches qui traversent des champs.
N’osez pas la juger depuis vos corps momentanément si vivants et sains !

Quand le soir tombe,
quand le soleil s’en va,
Marie Antoinette
sort faire des enquêtes.
Et elle traverse la circulation
et elle se glisse là où elle veut
pour faire peur aux petites filles
et aux hommes sans sommeil.
Et avec d’autres spectres
elle se moque des mortels
assise sur les flèches
de la cathédrale.

Et en survolant Paris déserte elle se dit:
“Marie, tu es là, tu es aussi intelligente que tu crois l’être et tu ne vois pas comment les souvenirs te mentent,
ils te mentent !”.
Et elle se dit:
“Marie, il n’y a que toi qui sais comment tu en es venue à te lasser de la vie dans ces jardins,
dans ces jardins !”.

Nous sommes sur la route de Manresa à Berga
dans une voiture resplendissante qui roule bien trop vite.
Ils ont trouvé quelques disques acceptables dans la boîte à gants;
c’est mercredi, tôt le matin, et les deux fuyards chantent.

Ils traversent Molló et dans une clairière
il la serre comme un enfant et elle s’endort immédiatement.
Le soleil embrase le bois alors qu’elle lutte avec les images:
un caissier faisant le fier, un revolver qui tire.

Ils achètent un scooter chez un fermier pour le prix de quatre
et ils accélèrent dans les vignes solitaires.
Au feu d’Estagel des gendarmes les saluent,
mais la radio ne dit rien, on ne recherche personne.

Il se rase la tête, elle bronze.
Les jours passent lentement, l’après‐midi ils se promènent.
Il joue au squash avec un homme d’affaires en piètre état,
elle s’enferme dans la cabane et simule des orgasmes le soir.

Qu’est‐ce qu’il est bon de sortir dans la rue, de prendre l’air!
Ils sont tellement touchants!
Il parle de l’avenir et il fait des projets sans filet de sécurité
et le paradis commence dans une pizzeria de Lausanne.

Et les noms sur les passeports sont tellement drôles, il les dit à voix haute.
Il aura peut être l’air plus français, il dit, s’il se fait pousser la barbe!
Elle répond comme elle peut et elle pleure derrière la porte fermée:
“Je ne vais pas y arriver, mon amour, pas aux dépends des autres”.

Et, finalement, il a passé le voyage sur le pont,
il voit déjà le bleu marine de la terre promise,
mais ne vous inquiétez pas pour elle, elle a trouvé la paix dans la cellule:
elle s’est habituée à l’obscurité et a donné des noms aux rats.

Et elle a trouvé un joli nom à chacun des rats.

Quelqu’un avait fait un sabotage.
Quelqu’un avait desserré les boulons.
Tu avais l’air tranquille, en déployant le pouvoir de ton charme à toi,
et tu leur as, et tu leur as répondu que non, qu’ils avaient tort,
tu leur as répondu qu’ils te prenaient pour quelqu’un d’autre.

Tu fais semblant de réfléchir, mais tu sais très bien ce que tu fais.
Oh, tu es géniale ! Et tu sais très bien ce que tu fais!

Et je ne vais pas me mettre à genoux.
Et je me suis déjà mis à genoux.

Mais quelqu’un avait foutu en l’air la machinerie.
Un criminel avait renversé les réserves d’eau.
Et, au cas où, tu avais dit aux respectables policiers que tu m’avais vu sur les lieux du crime
et moi, moi j’ai répondu que non, qu’ils avaient tort,
mais leurs chiens m’ont trouvé dans un coin.

Tu fais semblant de réfléchir, mais tu sais très bien ce que tu fais.
Oh, tu es géniale ! Et tu sais très bien ce que tu fais!

Et je ne vais pas me mettre à genoux.
Et je me suis déjà mis à genoux.

On ne s’est dit au revoir qu’avec des mots,
je suis mort cent fois.
Tu retournes auprès de lui
et je retourne auprès de nous.

Et je ne vais pas me mettre à genoux.
Et je me suis déjà mis à genoux.

Tu fais semblant de réfléchir, mais tu sais très bien ce que tu fais!
Oh, tu es géniale ! Et tu sais très bien ce que tu fais!
Tu vaux complètement la peine ! Et tu sais très bien ce que tu fais!
Tu es géniale ! Et tu sais toujours quelle est la prochaine étape.

Quand la colère des dieux te tombe dessus et qu’il n’y a plus rien à dire,
quand cette soirée n’a plus d’importance, si tu t’es bien amusé, ou si tu as souffert.
Quand toutes les erreurs du monde, quand tous les faux pas renferment plus de vérité
que la pile déprimante des feuilles intactes de ton CV immaculé,
tu verras le double fond des cloisons, des rivières dorées souterraines, des mers aux trésors cachés.

Vas‐y, ce jeu va te plaire, jouons à trier ceux qui le font bien de ceux qui ne le font pas,
jugeons avec cruauté ceux qui se trompent, sentons‐nous petits devant ceux qui font mieux.
Et après nous parlerons des grands affronts que tu as vécus, des blessures sans précédent,
mais en attendant réfléchis à ce que tu risques, à ce que tu mets en jeu, toi, pour être heureux.
Parce qu’aucun, aucun cerveau brillant ne peut distribuer les bons jours et les mauvais, parce que l’univers ne nous doit rien!

Tout le monde est en mouvement! Tu ne peux pas rester bloqué pour toujours!
Avance, piéton, traverse les pavés et le trottoir!
Tout le monde est en mouvement! Tu ne vas pas pouvoir rester bloqué!
Pauvre piéton, ce combat, tu vas le perdre.

C’est toi qui vois, mais à ta place je me mettrais à l’art noble d’avancer.
Si tu te sens comme un intrus ne parle pas trop et tu verras que personne ne comprendra l’astuce.
Personne ne te demandera tes papiers, il n’y a pas de loi écrite, même le plus grand expert se trompe,
on fait la conversation, on est gentil, et on ne sait pas si malgré nos efforts nous avançons vers le plaisir ou la douleur, vers la lumière ou l’obscurité, vers un grand banquet ou la plus cruelle inanition.

Tout le monde est en mouvement! Tu ne peux pas rester bloqué pour toujours!
Avance, piéton, traverse les pavés et le trottoir!
Tout le monde est en mouvement! Tu ne vas pas pouvoir rester bloqué!
Pauvre piéton, ce combat, tu vas le perdre.
Que vienne la paix, que vienne la paix, que vienne la paix sur Terre.
Aie confiance en le monde, aie confiance en le monde, aie confiance en les gens que tu ne connais pas.

Quand la défaite est sûre il y en a qui dissimulent, il y en a qui se rendent et je lutte.
Asseyez‐vous, les amis, nous allons parler de la Beauté.
J’en connais qui la cherchent dans les premières fleurs du Printemps.
D’autres qui jurent l’avoir vue dans des formules mathématiques,
flottant dans l’harmonie des sphères.
D’autres l’ont trouvée par accident le jour où
ils ont su donner sans rien attendre en retour,
où ils ont su posséder sans craindre la perte...
D’autres l’ont trouvée dans une bouche ouverte.

Vous savez quoi?
Je suis vraiment d’accord avec tous ces gens.
Je suis vraiment d’accord avec tous ces gens.
Nous sommes d’accord
et je lutte.
Et puis vous voilà, armés avec élégance pour la bataille!
Et où que j’aille j’entends l’écho insolent de vos rires!
Et j’ai l’impression que vous êtes convaincus que vos coeurs sous ces tee‐shirts, battent de forces inconnues au monde.
Pauvres de vous qui ne savez rien de ce qu’il se passe,
un ami aurait dû vous en parler,
j’en ai battu beaucoup avant, beaucoup qui étaient meilleurs que vous!
Pour être le plus drôle du bal, pour être le plus pointu et le plus brillant,
pour faire les réflexions les plus profondes, pour faire les commentaires les plus banals,
pour attirer l’attention des yeux, pour toutes les ressources naturelles, je lutte.

Quand la défaite est énorme, il y a ceux qui reconnaissent les forces de l’ordre et il y a moi, qui lutte.

Et on a vu que vous avez un peu de talent, c’est vrai, et qu’on vous a élevés dans l’idée que vous êtes splendides, que vous êtes spéciaux, et qu’il serait criminel de ne pas en tirer le maximum,
mais j’ai bien peur que vous n’ayez pas compris la différence entre être la vedette d’un soir, ou d’une soirée et être un rival, un spécialiste.
Il ne s'agit pas d'être gentil avec les enfants!
Il ne sert à rien d'avoir une belle femme!
Il s'agit de vouloir se faire descendre par une balle!
Il s’agit de capitaines de yachts qui s’échouent!
Que pourrez‐vous abandonner quand il le faudra? Qu’allez‐vous sacrifier en échange?
Donnerez‐vous à votre triomphe tout ce qu’il réclame?
Rirez‐vous avant de doubler la mise quand tout le monde fuira en courant?
Resterez‐vous vraiment dans les parages? Aurez‐vous le courage?

Moi, vous savez quoi ? Je pense qu’au fond, vous êtes de bons gosses.
Vous êtes de braves gosses qui cherchez la vie facile
et tôt ou tard, vous voudrez arrêter,
vous jouerez aux cartes avec des copains, vous vous calmerez, vous irez à des soirées ou vous sifflerez des chansons que des fous ont écrites sur vos aventures.
Et chers amis, la hache de guerre, on ne l’enterre jamais:
on la cache dans le tiroir du haut de la salle à manger,
on la loue à l’heure, on la vend au plus offrant,
on dit à son frère de la garder un moment,
on la donne au musée le moins sécurisé,
mais elle n’est jamais enterrée, elle n’est jamais enterrée,
elle s’aiguise dans le noir,
elle s’aiguise dans le noir,
elle s’aiguise dans le noir.

Je suis vraiment désolé mais
peut‐être que j’aime vos soirées! Peut‐être que j’aime votre style!
Peut‐être que j’aime vos boulots! Peut‐être que j’aime vos idées de vacances pour l’été!
Peut‐être que j’aime vos femmes, vos soeurs, vos colocataires!
Peut‐être que j’aime vos rêves! Ou peut‐être pas, peut‐être que j’ai perdu tout intérêt sur le chemin.

Je viens, angoissé et capricieux, je connais le tissu de votre système nerveux.
Regardez où vous mettez les pieds, faites attention dans le noir, je broie la confiance en soi comme du savon.
Je vous approche heureux, j’applaudis s’il le faut. Je sais faire des high five, je sais faire rire avec une bonne blague.
Je serai fils, frère, partenaire, voisin dans l’ascenseur, amant, je serai membre, je serai fan...
Jusqu’au jour où je serai l’abattement inattendu de l’esprit, une odeur dans l’air, une atmosphère tendue,
je serai le vent le plus sombre que peut produire la nuit, la rage du chanteur de la révélation musicale catalane de 2008,
l’ange sombre de l’insomnie, le monstre sous le lit!
Je serai le hurlement qui te glacera le sang!
Je serai une crise cardiaque, je serai un appel au milieu de la nuit!
Je serai le vieil homme sage qui vous fait la leçon
en vous disant avec qui vous ne pouvez pas jouer.

Vous n’attendrez alors plus de fête discrète.
D’abord, je regarde avec respect, comme si j’avais profité d’un combat à armes égales,
mais si vous regardez attentivement, j’ai le sourire d’une personne qui réprime un rire.
Après avoir attiré l’attention de n’importe quel public,
je fais comme si cela m’importait, je flatte intelligemment
et je raconte le combat en détail, en marquant des pauses,
en laissant les personnes imaginer les visages
des pauvres hommes courageux qui sont arrivés un jour,
comme vous êtes arrivés maintenant,
comme vous êtes arrivés maintenant,
comme vous êtes arrivés maintenant.

Parce que quand la défaite est évidente, il y a ceux qui cherchent un endroit ailleurs et il y a moi, qui lutte.
Parce que quand la défaite est évidente, il y a ceux qui cherchent un endroit ailleurs et il y a moi, qui lutte.
Parce que quand la défaite est évidente, il y a ceux qui cherchent un endroit ailleurs et il y a moi, qui lutte.